La transition vers une bioéconomie durable compte parmi les priorités de l’Europe. Reste à former ceux qui la conduiront. Le défi des années à venir est de combiner des compétences capables d’accompagner les décisions dans toute leur complexité, dans un monde dominé par une logique techniciste où les cursus forment d’excellents spécialistes, sans toujours leur donner les leviers économiques et politiques qu’exige une transition juste et mobilisante. C’est le pari d’EMASBIO, futur master Erasmus Mundus en bioéconomie écologique au sein de UFR des Sciences Économiques Sociales et de Gestion de Université de Reims Champagne-Ardenne qui réunit des partenaires en Italie, au Canada et en Finlande.
Une bioéconomie qui grandit, des compétences qui manquent
Sur deux ans, EMASBIO abordera la bioéconomie par l’économie, le management et les sciences sociales : ce qui fait qu’une transition réussit ou échoue sur le terrain. Là où beaucoup de masters s’arrêtent à la biotechnologie, il rappellera qu’il existe plusieurs bioéconomies possibles, pas une seule voie tracée. Ses diplômés acquerront des compétences encore rares, issues des recherches les plus récentes sur la bioéconomie écologique : développer de nouveaux modèles de développement socio-économique adaptés aux limites de la biosphère, nourris par une compréhension systémique de la bioéconomie ; évaluer la durabilité et la justice d’une transition (ex. usage des terres, biodiversité, emplois, création de valeur) ; anticiper les transformations à venir et co-construire des projets avec les entreprises, les pouvoirs publics et les collectifs.
Ces compétences ouvrent sur des métiers en pleine structuration : chargé de mission bioéconomie dans une collectivité, un pôle de compétitivité ou une ONG, coordinateur de projets territoriaux de transition, consultant en durabilité ou en stratégie bas-carbone, analyste de politiques publiques agricoles et forestières, chargé d’affaires dans les filières de la bioéconomie industrielle. Ce sont des profils que les employeurs peinent encore à trouver.
La pédagogie s’y adapte : les étudiants seront engagés dans des projets collectifs et des mises en situation réelles, comme la découverte de projets bioéconomiques en cours, l’immersion dans les espaces de débat et de décision, les exercices de simulation inter-universités où ils défendront des scénarios de transition devant des acteurs professionnels, et la rédaction de rapports d’évaluation de scénarios. Un format qui entraîne à naviguer dans la complexité, pas à la simplifier.
Un parcours de Reims à l’international
La première année se déroulera entièrement à Reims. Au deuxième semestre, l’université Unitelma Sapienza (Rome) y prendra part : enseignements à distance, sessions en présentiel assurées par ses professeurs venus à Reims, et une école d’été à Rome. La deuxième année ouvre un choix entre deux spécialisations. À Trent University (Canada), la première porte sur la gouvernance, le leadership et la justice environnementale, avec une large place faite aux savoirs autochtones. À l’Université de Karelia (Finlande), la seconde est centrée sur le management de la durabilité, l’économie circulaire et la bioéconomie forestière. Le master s’achèvera par un stage, partout dans le monde.
À qui s’adresse EMASBIO ?
Le programme sera ouvert aux titulaires d’une licence (ou équivalent) en économie, sciences sociales, gestion ou dans tout domaine en lien avec le développement durable et les transitions écologiques. Les enseignements seront dispensés en anglais, langue de travail du consortium. Les candidatures seront ouvertes à l’international, avec des bourses Erasmus Mundus pour la majeure partie des étudiants sélectionnés.
L’URCA aux commandes, ancrée dans le Grand Est
L’URCA coordonne le consortium et accueillera la première année, au sein de l’UFR Sciences économiques, sociales et de gestion (SESG). Le projet est porté sur le plan académique par Julien Vastenaekels, titulaire de la chaire de professeur junior ECOTEBIO (économie de la transition écologique et de la bioéconomie), et Romain Debref, maître de conférences en sciences économiques, tous deux membres de l’équipe CRIEG-REGARDS.
« La bioéconomie ne se résume pas à substituer du pétrole par de la biomasse. Elle pose une question politique : quelle économie post-fossile voulons-nous construire dans les limites du vivant au nom d’une transition juste ? C’est cette question qu’EMASBIO apprend à tenir. » Julien Vastenaekels et Romain Debref
Le Grand Est constitue un terrain d’application d’exception. Première région agricole de France métropolitaine et l’une des plus actives d’Europe sur la bioéconomie, elle concentre des acteurs dont les travaux et les projets nourrissent directement les questions qu’EMASBIO entend former à traiter : la Région Grand Est, le pôle de compétitivité Bioeconomy for Change, référence sur la chimie du végétal ; ARD Grand Est, plateforme d’innovation à Bazancourt-Pomacle ; Fibre Recherche et Développement (FRD) et le pôle européen du chanvre ; Biogaz Vallée ; INRAE Grand Est, dont l’expertise sur les systèmes agricoles durables est de rang mondial ; et la Zone Atelier Argonne Rurale du CNRS. Autant d’organisations avec lesquelles le programme a vocation à dialoguer comme terrains d’apprentissage, interlocuteurs pour les projets collectifs et horizons professionnels pour les diplômés.
EMASBIO s’inscrit dans un écosystème institutionnel structuré, porté par l’URCA depuis plus de dix ans : l’Institut international EXEBIO (France 2030), l’alliance européenne d’universités INVEST, le Campus des Métiers et des Qualifications d’Excellence Bioeco Academy et FIBI (Formations Innovantes en Biotechnologies Industrielles).
Une subvention pour concevoir le programme
EMASBIO bénéficie d’une subvention Erasmus Mundus Design Measures du programme Erasmus+ de 60 000 euros, dédiée à sa phase de conception. Cette année préparatoire sert à bâtir le cursus: analyse des besoins, consultation des organisations du secteur, séminaires dans les quatre universités. La candidature du master complet est attendue en février 2027, pour une première promotion en 2028.
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Contactez Julien Vastenaekels () et Romain Debref ()

Cet article a été rédigé par Julien Vastenaekels et Romain Debref de l’Université de Reims Champagne-Ardenne.
